
Un haut fonctionnaire de mes amis est chargé d’inspecter, en plusieurs régions de France, des responsables locaux. Il les fait réfléchir en groupes, puis il leur demande d’évaluer leur réflexion à partir de questions simples :
1. Qu’y a-t-il eu de positif dans notre démarche ? Que m’a-t-elle apporté ?
2. En quoi a-t-elle été sinon négative, du moins insatisfaisante ? Pour quelles raisons ?
3. Comment pourrons-nous, demain, mieux remplir nos fonctions ? Les participants sont étonnés et ravis de découvrir une méthode d’évaluation à la fois simple et féconde. Une relecture – autre nom de l’évaluation – laïque de la vie est donc féconde. Il y a lieu de penser qu’une relecture chrétienne de la vie ne le sera pas moins.
Naguère, on l’appelait « examen de conscience ». Mais cet « exercice de piété » était souvent devenu un bilan moral axé sur la seule recherche du péché. En l’appelant « relecture de la vie » ou « prière d’alliance », la pratique ignatienne rappelle qu’il s’agit d’une authentique démarche spirituelle. L’intention est d’en décrire ici le mouvement, qui comporte trois temps.
Premier temps : l’action de grâces
Comment ? Il s’agit d’un dossier sur le péché et l’on nous invite à l’action de grâces ? Est-ce opportun ? C’est même nécessaire ! En effet, se reconnaître pécheur c’est confesser que l’on s’est dérobé à Dieu, au don qu’il nous fait de sa présence, de sa parole, de son action. Il est donc indispensable de confesser d’abord le don de Dieu. Avant de me demander ce que je n’ai pas fait pour Dieu, il convient que je me demande ce qu’il a fait, lui, pour moi (et pour d’autres). C’est la première des politesses envers quelqu’un qui est toujours le premier à nous aimer (voir Jean 4, 19). Cela suppose que l’on admette, dans la foi, une réalité invisible : Dieu ne cesse d’être présent et agissant dans le monde, dans le cœur de tous les hommes. Le Père ne cesse de poursuivre son immense dessein : amener tous les hommes à vivre en communion avec lui et entre eux (voir Éphésiens 1, 10). Le Fils ne cesse d’être l’ouvrier de ce dessein (comme dans Jean 5, 17) en nous communiquant son Esprit (voir Corinthiens 12, 4-11). Mais Dieu demeure un Dieu qui se cache (Isaïe 45, 15). Pour voir sa trace il ne faut pas rester à la surface des choses et des gens ; il faut descendre dans leur profondeur, là où se cache le réel, celui dont parlait Karl Rahner : « Le réel a un centre et ce centre est un cœur. »
Or, la relecture se situe normalement à la fin d’une journée (1). Il est donc indispensable qu’elle commence par une mise au calme. Ma tête bourdonne des mille pensées qui l’ont occupée ; ma sensibilité frissonne encore de ce qui l’a émue. Je vais laisser s’apaiser ce mouvement, de la manière dont j’ai expérimenté l’efficacité : telle position de mon



