De l’évêque au chasseur

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Saint Hubert fut évêque de Maastricht-Liège de 706 ( ?) à 727. Durant de longs siècles, l’iconographie médiévale le figurera en habit épiscopal avant de lui faire endosser le costume très profane d’un jeune noble chasseur.
Cette métamorphose vestimentaire n’est nullement anodine : elle manifeste toutes sortes d’enjeux sous-jacents d’ordre religieux, sociologique, culturel, voire politique.
La plus ancienne représentation connue de saint Hubert est datée du XIIe siècle. On la découvre sur un sceau appendu à un accord conclu en 1134 entre l’abbaye Saint-Martin-des-Champs, à Laon, et celle de Saint-Hubert en Ardenne. Le saint apparaît en buste, nimbé et en ornements épiscopaux avec deux des attributs de sa prestigieuse fonction : il tient la crosse de la main droite et l’évangéliaire de la main gauche. Nul doute : c’est en évêque qu’en ce temps-là les moines de Saint-Hubert d’Ardenne veulent surtout voir et faire voir leur saint patron dont ils possèdent les insignes reliques, le corps entier, disent-ils, et ce depuis le IXe siècle. Cette vision iconographique s’inspire directement des deux premières « Vies » du saint écrites l’une vers 745 et l’autre vers 825. Ces deux ouvrages (les Vita Prima et Vita Secunda des « Acta Sanctorum ») font de leur héros l’évêque idéal du Haut Moyen Âge, donné en exemple à toute l’Eglise franque.
L’évêque à l’olifant
En 825, fait exceptionnel, les reliques du saint quittent Liège où elles reposaient depuis un siècle, pour être transférées au monastère bénédictin d’Andage, en Ardenne, la future abbaye de Saint-Hubert. A cette époque, la forêt d’Ardenne possède toujours le statut de réserve cynégétique à l’usage des empereurs carolingiens dont le droit de chasse passera à la noblesse locale au cours du Xe siècle. On courre donc intensément le gros gibier aux abords du monastère d’Andage. L’aristocratie locale va placer sa passion cynégétique, la vénerie, sous la protection d’Hubert qui s’est entre-temps imposé comme le saint patron principal de l’Ardenne et le thaumaturge de la rage. Le site forestier façonne le culte de l’ancien évêque de Maastricht-Liège à ce point qu’une légende orale fait bientôt de lui un saint chasseur. Un concept détonnant. Il est contraire aux idées dominantes du temps d’associer la pratique de la vénerie à la fonction ecclésiastique et a fortiori à la sainteté. L’Eglise voit dans la chasse noble (la vénerie surtout) un rite de domination dangereux, source de toutes sortes de débordements et de violences qui compromettent l’ordre social. Le droit canon en interdit expressément l’exercice au clergé. La pratique cynégétique caractérise donc le mode de vie de l’aristocratie



