
La formule peut surprendre, mais parler de fonction sacramentelle de la musique, c’est dire tout simplement que, dans la célébration liturgique, la musique joue un rôle, celui de signifier quelque chose du mystère qui se célèbre, celui de permettre au peuple chrétien de se l’approprier. Rôle important s’il en est. La Constitution sur la sainte liturgie de Vatican II (SC n° 112) ne nous parle-t-elle pas de « fonction ministérielle de la musique en célébration » ?
On pense, bien sûr, au complément que la musique apporte au texte dans les cantiques. Mais il est intéressant de réfléchir à la musique elle-même et à ce qu’elle peut apporter, par elle-même, à la célébration.
Phénomène sonore, la musique est faite d’une alternance de sons et de silences : rythmes courts ou longs, suites de sons mélodiques alternativement montantes et descendantes, assemblages de sons simultanés dans les accords, jeux de timbres suivant les instruments ou les registres de l’orgue, éléments mélodiques ou rythmiques qui se répondent… Tout cela dans un tempo vif ou lent, dans une modalité recueillie ou extériorisante, etc. Et cela parle au corps de chacun de nous, non seulement à notre oreille, mais au corps tout entier pour le mettre en mouvement d’une façon ou d’une autre : éveil, recueillement, contemplation, incitation à la louange… et cela anime le temps et l’espace dans lesquels nous sommes rassemblés pour célébrer ; tout cela crée le rythme de la célébration.
Or, écrivait le Père Joseph Gelineau : « Le rythme a ce pouvoir singulier d’unifier la personnalité toute entière, depuis les profondeurs du subconscient jusqu’à la fine pointe de l’âme. Il mobilise toutes les puissances corporelles et psychologiques par le moyen du geste (…) car le geste humain est en même temps attitude d’âme et de corps. Mis au service de la prière, le rythme devient le plus merveilleux des instruments capables de rendre toutes nos facultés “dociles” à l’Esprit Saint. Il pacifie les nerfs et détend les muscles ; il unifie la mémoire dans la plénitude de l’instant ; il détourne l’intellect du discours et l’oriente vers le pur regard ; il invite à l’amour. »1
Tel est le pouvoir de la musique, faire l’unité de ceux qui l’entendent par l’impression profonde qu’elle produit sur les corps, impression qui va bien au-delà des habitudes culturelles et des goûts.
Vient alors la question principale : comment cette action doit-elle s’opérer en liturgie ? Le Concile nous dit : « la musique sacrée sera d’autant plus sainte qu’elle sera en connexion plus étroite avec l’action liturgique, en donnant à la prière une expression plus suave, en favorisant l’unanimité, ou en rendant les rites sacrés plus solennels. » (SC n° 112).
C’est donc en étant au mieux en accord avec le rite qui se déroule qu’elle accomplira son action


