Lettre d'information

La poésie invitée dans la liturgie

Lorsque le poème ou la musique est mis à l’honneur dans la liturgie, on ouvre l’espace et le dialogue avec le divin.

L’université Fu Jen, à Taïwan, organisait récemment un colloque sur l’expérience spirituelle dans la littérature contemporaine. Participants chinois, américains, japonais et français y débattaient notamment du fait poétique dans la vie liturgique. L’échange interculturel donne toujours une nouvelle perspective aux réalités que nous croyons le mieux connaître, et ce colloque m’a permis de redécouvrir quelques vérités sur l’enracinement poétique de l’expression liturgique.

Toute tradition religieuse développe une vie liturgique propre, et cette vie liturgique accorde généralement une grande importance à l’expression poétique et musicale. Bien entendu, poésie et musique existent en soi, elles se développent aussi indépendamment des croyances et des liturgies chrétiennes, bouddhistes ou taoïstes, mais ces traditions religieuses ont contribué à vivifier et développer poésie et musique dans nos différents univers culturels. Qu’on le veuille ou non, le développement des expressions religieuses et celui des formes artistiques ont partie liée.

Commençons par choquer. Un poème, après tout, est seulement un outil, un instrument qui sert à mieux exprimer certains ordres de la réalité. Les premiers poèmes que nous connaissons existent en fonction des récits mythiques ou des récitations généalogiques qu’une forme musicale et rythmée permet de mieux mémoriser. La forme poétique sert à mémoriser... Allons un pas plus loin : celui qui écrit d’une façon « poétique » (c’est-à-dire d’une façon reconnue comme telle dans la culture qui est la sienne) le fait pour exprimer des réalités qu’il aurait du mal à évoquer autrement. La forme poétique permet de mieux parler du mystère du monde, du divin, de notre univers intérieur, exactement comme le langage mathématique est inventé pour mieux décrire un autre aspect de la réalité. Ces aspects différents ne sont pas imperméables l’un à l’autre : le langage mathématique a une profondeur poétique, et le maniement du langage poétique requiert quelque chose de la rigueur comme de l’intuition mathématique.

Enfin, poésie et musique ont une fonction particulière, qu’on note assez rarement : elles servent à façonner et confirmer l’identité de communautés. Un groupe ethnique se reconnaît d’abord par ses chansons ; un groupe religieux partagera aussi le même répertoire de chants, distinct de celui d’une autre dénomination ; à l’intérieur d’un État - nation, les enfants apprendront certains poèmes qui deviennent constitutifs de leur identité nationale. Un poème, cette expression si souvent marquée du sceau de la solitude, devient souvent l’emblème d’une appartenance collective...

Le poème est donc un outil. Mais ici surgit un paradoxe : cet objet,

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