
Le christ au Jardin des Oliviers, Le Greco
Trois compagnons dorment au bivouac.Ils devraient veiller ? Qu’importe ! dans les vagues de leurs manteaux, is se laissent bercer, paisibles comme des bateaux au mouillage par nuit de brise ; les pieds nus du plus jeune, devant nous prendraient-ils froids ?
Il n’y songe, tout au colloque des rêves, tête à tête avec son frère, un peu plus vieux, mais guère. Souvent dans la barque de Zébédée, leur père, ils ont dû dormir ainsi, et aussi dans le lit que leur borda si souvent leur mère, mère juive très tendre et fort ambitieuse pour ses fils. Derrière Jacques, le long de lui, un tronc d’olivier coupé net, œil béant, les observe.
Ses feuilles vives accompagnent le bras du troisième, par-dessus sa tête, l’autre bras remontant jusqu’à la barbe blanche, comme s’il s’interrogeait tout en dormant. Pierre dort lui aussi, avec les deux frères, bercé lui aussi, mais un peu à l’écart, sous le branchage vif ; mais, par-delà le couple des frères, l’arbre étend sur eux aussi, non sans peine-on ne la vit pas dès l’abord-, sa ramure. L’olivier de la paix, coupé pour la sainte agonie, tout vif encore sur Pierre s’efforce de garder vie sur Jacques et jean, élevant vers l’ange quelques grêles surgeons déjà morts. Dormez, paisibles pêcheurs dans votre barque nocturne, dormez, paisibles pêcheurs ; votre Maître, le Prince de l’Olivier, va mourir seul, sans vous, pour vous éveiller à la vie. Dormez sous son feuillage.

C’est avec l’ange, devant l’autre, à genoux. L’ange est immense, plus immense que Jésus, l’adorant de sa gracieuse, de sa gracile immensité, barattant de ses grandes ailes le ciel d’où il est venu, l’emportant même avec lui, comme un vaisseau pour accoster au tertre vert et nu où se joue la tragédie du salut charnel ; de sa main gauche, il présente au Sauveur le calice et de la droite posée sur son cœur, Lui rend hommage plus qu’il ne console le Fils, l’ange adore l’accueil par le Fils de la volonté du Père. Devant l’ange, le Fils à genoux, plus petit, ainsi qu’il convient, fût-on Dieu, à l’humilité de l’homme, s’est revêtu de son martyre. le sang ne lui coule plus du visage, il est le tissu même de sa robe, de son être, sang de cerise et de liqueur, mêlé d’eau comme flammes de vagues et de feu, qui imprègnent, fût-ce en reflet de rose pâli, la mer barcarolle de Jean, le bien-aimé, fraternel encore, quoique déjà dans l’éloignement du sommeil, à Celui sur le sein de qui au cénacle il reposa, sous la croix de qui, prenant chez lui sa Mère, il verra jaillir, intarissable, du flanc ouvert, le fleuve pourpre et limpide....
Jean le voit-il en songe ? Ne le voit-il pas ? et Jésus ? Jésus dans la tunique de son sang est tout à l’ange, mains ouverts, comme surprises comme si la Nouvelle de ce qui advient Lui était douce, si douce qu’Il en éprouverait une gratitude ineffable ; Il regarde l’ange, il regarde au-delà de



