
Comment éviter l’enflure pour parler d’une chose silencieuse. Car l’Autel est silencieux. Et voilà l’enflure : pour dire ce silence et vous en convaincre, je suis contraint de répéter cette assertion, laquelle pour se persuader de sa pertinence est condamnée à s’éloigner de la vérité simple de ce qu’elle dit. L’Autel est silencieux. Le langage parle. L’Autel se montre. Le discours se heurte à l’Autel comme à une figure de ce qui en lui est indicible et, en un certain moment du Rituel, le fonde, en vérité. Parole donnée autre part que dans le mental et la toute-puissance des pensées, en ce point où elle doit venir pour retentir et être entendue autrement que comme un songe, ou une argumentation, ou même une exhortation vertueuse : testament et alliance, et la prononciation en ce lieu-ci et ce jour même des Noms Divins. L’Autel parce que déjà là, par sa précédence même garantit l’incidence de l’évènement qui a lieu.
Mais, peut-on penser, les pierres, les meubles, et telles silhouettes de fidèles en prière, sont également silencieuses. Silencieuses, peut-être, mais pas « également » silencieuses. L’édifice est un résonateur, « suave sonantis Ecclesiae », comme l’écrivait Augustin. Mais surtout, l’Autel n’est pas silencieux de fait, parce que chose matérielle sans bruit et sans langage, il l’est constitutivement. Peut-être son silence est-il la première instance de sa manifestation. Sa première capacité poétique serait-elle dès lors à son entour de régir l’intonation ?
Car il est possible de saisir une « poétique » en cette instance où se conjuguent la forme et la force d’une figure singulière ? De ce point de vue, l’autel peut être dit : une capacité. C’est en cela même qu’il n’est ni impérieux, ni pompeux, mais invitatorial, non pas par je ne sais quel attendrissement de sympathie, mais structurellement, si l’on peut dire, en raison de sa nature potentielle, et de l’hospitalité de tout ce qu’il rend possible, simplement possible, ne serait-ce que pour un sujet du rituel de se tenir debout, dans une belle station, et rendu présent à lui-même, par une sorte de fédération intime de soi à soi, et capable, en cette distanciation autorisée, de rencontrer l’autre semblable, et l’Inconnu.
Dans le site et les comportements que le site, comme site rituel, induit, l’Autel est consacré et érigé pour signifier et inscrire la différenciation, la distribution des places, l’identification des autruis, et conjointement il y rend appréhensible la pensée à la fois obscure et lumineuse de cette même distance et séparation. L’Autel participe dès lors de la logique de l’intervalle, de l’entre-deux, de l’entre-tous, comme pour figurer la mesure du don de la distance qui rend le re g a rd possible, et la considération, et, en son



